Objectifs et démarche d’un mémoire
Objectifs
Vos objectifs, en réalisant un mémoire en éducation, sont d’acquérir ou de développer à travers la réalisation d’un projet de recherche ou d’intervention les compétences suivantes :
- la maîtrise de certaines techniques et méthodes de recherche ou d’intervention en éducation;
- la capacité de contribuer à l’évolution de votre champ d’étude spécifique;
- la capacité de développer des outils d’analyse critique, de synthèse et d’interprétation de problématiques liées à votre domaine d’étude.
Démarche d’un mémoire
Cette sous-section vous informe des caractéristiques et des étapes d’une démarche de mémoire, où deux ordres d’objectifs s’emmêlent, se superposent, se chevauchent continuellement : d’une part, des objectifs d’apprentissage de la recherche, encadrés par des règles académiques particulières, notamment ceux qui régissent l’évaluation; d’autre part, les objectifs du projet de recherche ou d’intervention par la réalisation duquel vous apprendrez à faire de la recherche.
Caractéristiques d’une démarche de mémoire
Un mémoire est une activité d’apprentissage de la recherche, au sens le plus large du terme. Cette activité, caractérisée par sa durée et sa complexité, est une occasion de renforcer vos capacités d’analyse et de synthèse, ainsi que d’adaptation au changement. Le mémoire vous amènera 1) à vous approprier une méthodologie rigoureuse du travail intellectuel, caractéristique de la recherche ou de l’intervention, 2) à approfondir vos connaissances sur un sujet dans votre domaine d’étude en allant aux frontières de ce qu’on en connaît et 3) à développer vos habiletés d’écriture scientifique. Le mémoire comporte des exigences spécifiques liées au contenu du projet, aux apprentissages de connaissances et de méthodologies caractéristiques de votre sujet, à vos besoins et motifs personnels et professionnels ainsi qu’à votre situation particulière au moment où vous l’entreprenez. Cependant, le mémoire est aussi, voire avant tout, une tâche longue et complexe d’écriture qui doit répondre aux exigences de la production scientifique, une tâche qui, réalisée dans un contexte académique, est assujettie aux objectifs des études de cycles supérieurs, aux modes d’évaluation du mémoire et à l’encadrement que l’université donne à un étudiant.
Un apprentissage méthodologique
Au plan méthodologique, vous devrez vous approprier et appliquer une méthodologie pertinente à votre sujet de recherche et à la manière dont vous l’approcherez. Cette méthodologie déterminera la collecte des données ou les observations, leur traitement et leur analyse. Cette méthodologie, vous devrez en apprendre les instruments et les étapes, les exigences de qualité. Vous devrez aussi l’adapter à votre sujet. La valeur de votre projet sera en partie jugée sur la rigueur que vous aurez démontrée, puisque c’est elle qui donne de la crédibilité à vos données et à vos résultats.
Vous devrez aussi maîtriser et appliquer d’autres méthodes consacrées, notamment celles qui concernent la recherche et l’analyse des documents qui vous permettront d’approfondir votre sujet et ses différentes facettes.
L’acquisition d’un degré élevé de connaissances sur le sujet choisi
Une autre caractéristique du mémoire est qu’il fera de vous un expert de votre sujet. On exigera donc de vous un travail important d’analyse et de synthèse des écrits. Il s’agira non seulement de beaucoup lire et de prendre de nombreuses et copieuses notes de lecture, mais aussi d’organiser votre pensée en fonction de la question ou du problème à l’origine de votre démarche.
La production d’un rapport de recherche
C’est sans doute l’aspect le plus évident du processus de réalisation d’un mémoire, celui qui donne un sens à l’ensemble de la démarche. Vous devrez produire un rapport de recherche, un texte relativement long, dont la principale qualité sera de répondre de manière intelligente à la question ou au problème de départ. Ce texte sera organisé selon un plan typique et il devra posséder les caractéristiques formelles du texte scientifique (une langue neutre, un ton objectif, une approche réductionniste, c’est-à-dire ne retenant que les aspects probants de la réalité en rapport avec la question, etc.). De plus, il aura pour fonction de convaincre un jury d’experts que vous avez réalisé les apprentissages requis.
La gestion du processus
L’ampleur et la durée du processus de mémoire entraînent des conditions particulières en ce qui a trait à la planification des tâches et à l’organisation du travail. De même, l’implication dans la démarche d’autres personnes (sujets de l’étude, collaborateurs, intervenants du milieu, directeur(s)) oblige à des tâches de coordination relativement importantes et à la mise en place de dispositifs de régulation du projet qui assureront le bon déroulement de ce dernier.
Dans le mémoire, avec les conseils de votre directeur et des autres ressources d’encadrement, vous ferez l’apprentissage de la recherche à travers la réalisation de votre projet. Votre démarche de recherche sera donc encadrée, mais d’une manière différente de celle des chercheurs avérés. Ainsi, au lieu d’être soumis au jugement de vos pairs chercheurs pour l’approbation de votre projet et pour la publication de vos résultats, vous serez soumis, selon les étapes, à l’évaluation de votre directeur, d’examinateurs experts, de votre sous-comité d’admission et d’évaluation, etc. De plus, la présentation de vos résultats devra répondre à des règles différentes de celles qui s’appliquent habituellement aux publications scientifiques, mais qui sont plus conformes à la tradition académique.
Démarche générique de recherche
La présente section propose une cartographie générale du processus de recherche. Cette topographie prétend vous aider à vous situer, mais son caractère générique la rend à peu près inutile comme guide dans la réalisation quotidienne de votre recherche. En effet, elle est une abstraction, comme celles produites par les philosophes et sociologues des sciences à propos de la méthode scientifique. Pour une prise de connaissance des démarches de recherches en éducation, le cours Méthodes de recherche en éducation (EDU 6301) constitue une référence.
La démarche de recherche, présentée comme processus générique, a un petit air linéaire que la réalité s’empresse toujours de contredire. La recherche en action est composée de fonctions itératives et de boucles de rétroaction plutôt que d’opérations organisées comme une chaîne de montage.
Par ailleurs, la référence populaire en matière de démarche scientifique est la méthode expérimentale. Or, en éducation, la complexité des phénomènes à l’étude supporte mal les trois critères de la méthode expérimentale : le réductionnisme, la répétitivité et la réversibilité. Premièrement, en sciences de l’éducation, comme dans toutes les sciences sociales, la réduction des situations complexes à un petit nombre de variables étroitement contrôlées aboutit souvent à des expériences de laboratoire dont les résultats n’ont que peu de validité dans les situations réelles. Deuxièmement, les situations étudiées sont souvent uniques, les conditions impossibles à reproduire et les recherches peu susceptibles d’être répétées. Enfin, le temps humain dans lequel se déroule l’éducation est irréversible, contrairement au temps des phénomènes physiques : les situations évoluent et le retour en arrière vers les conditions initiales est impossible.
Conséquemment, les chercheurs élaborent ou appliquent des démarches adaptées aux caractéristiques des objets, situations et problématiques caractéristiques des sciences de l’éducation. On parle souvent de recherche qualitative, de recherche-action, de recherche participative, de recherche axée sur le changement, où la définition des problématiques tente de préserver la complexité des situations, d’impliquer les agents réels de cette situation dans la recherche de manière à assurer le transfert des connaissances acquises, de concevoir des solutions multiples convenant à différentes manières de voir une situation, etc.
Par contre, les chercheurs en éducation doivent échapper à l’anecdote, au témoignage personnel, et proposer des modèles qui puissent être compris, discutés, confirmés, améliorés ou réfutés par les autres chercheurs de leur communauté scientifique. Leurs démarches de recherche doivent donc répondre à des exigences et à des conventions qui facilitent le débat scientifique. On ne peut donc faire n’importe quoi, n’importe comment.
Dans une démarche de recherche, on distingue trois grands moments, ou phases : la conception-planification, l’exécution ou réalisation, et la rédaction.
La conception et la planification de la recherche partent d’une idée, d’une question, d’une intention, d’un motif d’explorer, d’expliquer un problème, de lui trouver une solution, une réponse. À travers un ensemble d’opérations visant à formuler le problème en s’appuyant sur un cadre de référence théorique, à faire le design d’un plan de recherche et à planifier son exécution, cette idée initiale devient véritablement un projet de recherche. Pour les chercheurs actifs en milieu universitaire, le projet est souvent associé à une demande de subvention à un organisme ou à un commanditaire qui l’examine et le fait évaluer par des experts avant d’y répondre favorablement ou non. Dans le cas d’un mémoire, l’idée initiale a été exprimée dans une proposition validée par votre directeur, comme par le sous-comité d’admission et d’évaluation, lors de votre inscription au cours Mémoire. Cette grande phase de conception-planification vous amène, à travers les productions préliminaires (problématique, cadre de référence théorique et méthodologie), à soumettre un projet détaillé à votre directeur qui vous autorisera à l’exécuter ou vous demandera des précisions ou des changements.
Légende
- I/P : l’intrant ou le produit d’un processus
- ellipse : un processus
- rectangle : un concept ou l’intrant ou le produit d’un processus
Le deuxième moment du processus de recherche est l’exécution du projet. Essentiellement, qu’on observe ou qu’on intervienne activement dans la situation, il s’agit de recueillir des données sur le phénomène étudié ou sur la situation avec l’instrumentation et les procédures appropriées, d’organiser ces données et de les analyser pour formuler une réponse à la question initiale ou une solution au problème envisagé. À cette phase, la réalisation du mémoire diffère très peu de la démarche du chercheur consacré, si on met de côté le temps à consacrer aux apprentissages méthodologiques.
Le troisième moment de la recherche est la communication des résultats à la communauté scientifique formée des chercheurs (et souvent des praticiens) du domaine. Dans le monde de la recherche, les présentations orales et les articles sont les deux véhicules habituels de présentation. Les contraintes de temps et les règles éditoriales des revues savantes font que les chercheurs doivent condenser très fortement leurs présentations ou exposer leurs résultats dans plusieurs présentations ou articles. Cette pratique favorise évidemment la diffusion des résultats et leur prise en compte dans d’autres projets de recherche ou d’intervention. Dans le cas d’un mémoire, le texte original est rendu accessible dans le réseau des bibliothèques universitaires. Cependant, les résultats, modèles et interprétations pourront circuler plus librement et bénéficier plus largement à la communauté des chercheurs et praticiens en éducation, s’ils sont publiés sous forme d’article ou de communication publique et deviennent objet d’échanges, de réflexions et de débats. La diffusion, c’est le sang d’une communauté scientifique.
Chaque étape du processus de recherche donne du sens à la précédente, fournit la matière à la suivante et détermine ainsi la qualité de l’ensemble du processus. Un projet bien conçu et planifié facilite sa propre exécution. Cette dernière doit être rigoureuse pour offrir des résultats de qualité. D’excellents résultats bien communiqués auront une influence sur la progression du domaine scientifique.
Cette vision encore trop séquentielle des grandes étapes du processus de recherche ne doit pas faire oublier les possibilités de retour d’une étape sur la ou les étapes précédentes. Par exemple, un problème d’exécution peut amener une révision des paramètres du projet ou de sa planification. De la même manière, la rédaction du rapport peut amener à revenir sur l’analyse des résultats, et ainsi de suite. Cependant, chaque retour coûte temps, argent et énergie. On doit donc considérer les grandes étapes comme des passages majeurs du processus sur lesquels il faut, le plus possible, éviter de revenir.
Concevoir et planifier son projet
Concevoir un projet de recherche équivaut à transformer une idée initiale en projet de recherche : formuler un problème ou une question dans le langage conceptuel emprunté aux théories et modèles pertinents, tels qu’on peut les retrouver dans la documentation de ce champ d’études ou de champs connexes, et à concevoir une méthode pour résoudre ce problème, ou répondre à cette question. La planification pour sa part consiste à organiser les ressources, à agencer les opérations et à en établir le calendrier d’exécution. À la fin de la phase Concevoir et planifier, on a en main un plan d’action pour la recherche. La figure 2 présente cette première grande étape du processus de recherche.
Légende
- I/P : l’intrant ou le produit d’un processus
- C : une composante de
- ellipse : un processus
- rectangle : un concept ou l’intrant ou le produit d’un processus
Le schéma met l’accent sur l’opération Rédiger le projet de recherche autour de laquelle s’articulent cinq opérations fondamentales. Documenter son idée de projet consiste à exprimer l’idée initiale dans une problématique qui recourt aux concepts propres à une approche théorique donnée et à dégager de cette problématique les objectifs du projet. La description des contextes du projet fait partie de la problématique. Structurer son idée permet de déterminer de quelle manière on atteindra les objectifs de la recherche avec les ressources disponibles qui sont identifiées dans l’opération Répertorier les ressources. Ensuite, Prévoir la régulation et la validation du projet permet d’identifier les points de contrôle du processus et d’encadrer les interactions entre le chercheur et le milieu dans lequel son projet prend place. Les extrants de ces opérations sont les intrants de la rédaction du projet. L’extrant principal de la rédaction est le projet de recherche, qui peut prendre plusieurs formes selon le contexte dans lequel se déroule la recherche : une demande de subvention soumise à un organisme qui subventionne la recherche, un plan d’affaires soumis à un commanditaire, par exemple dans un cas de recherche de développement. Dans la démarche du mémoire, ce seront les productions préliminaires. Dans tous les cas, le projet de recherche se présente à cette phase comme un plan de réalisation détaillé, visant des objectifs précis, conceptualisés et justifiés dans un cadre de référence théorique, et adoptant une méthodologie appropriée.
Même s’il a le mérite d’être clair, le schéma de la figure 2 ne rend pas justice aux interactions serrées et multiples qui existent entre les opérations de la phase Concevoir et planifier une recherche. À cet égard, on peut dire sommairement que, d’une part, on planifie la démarche en fonction des objectifs et du problème, et que, d’autre part, on conçoit une démarche qu’on est capable de planifier et d’organiser dans un contexte donné.
L’outil méthodologique 1 Journal de Bord, aussi disponible à la section Outils, vous propose une grille agissant comme aide-mémoire pour la conceptualisation et la planification du projet de recherche, pour vous aider à cerner les principaux événements de cette phase1. Sa manière de présenter la démarche de conceptualisation et de planification comme une série d’événements a l’avantage d’échapper à la métaphore de la chaîne de montage. Ainsi, une recherche n’est pas une série fixe d’opérations, chacune complète en soi, finale et irréversible, qu’on applique à un projet, mais plutôt un processus en spirale où le projet passe d’un niveau initial de précision à un niveau supérieur, jusqu’au moment où le chercheur juge son projet suffisamment précis pour solliciter l’avis de son directeur sur sa validité théorique, sa qualité méthodologique et sa faisabilité. Par contre, cette spirale a un commencement et une fin, sans laquelle le chercheur s’épuise en projets toujours remis sur la table à dessin, mais jamais réalisés.
1Grille extraite de Deschênes, A.-J., Paquette D. et Tapp, G. (1997). Sujets spéciaux en formation à distance I, II, III, IV et V (EDU 1701 à 1705). Québec : Télé-université, 50-54.
Un autre avantage de cette grille est qu’on y fait un lien entre un projet donné et le milieu de pratique en éducation, auquel il se réfère ou appartient. Ainsi, la grille présente des opérations qui ont trait à l’implication des agents et des ressources du milieu dans la recherche et s’avère ainsi particulièrement appropriée aux projets centrés autour d’une intervention dans une situation réelle.
Exécuter son plan de recherche
Ce deuxième grand moment de la démarche de recherche consiste à réaliser l’expérimentation ou l’intervention selon les modalités conçues et en accord avec la planification prévue. Essentiellement, le chercheur constitue un corpus de données, selon la procédure déterminée. Par la suite, il applique sur ce corpus des procédures d’analyse et d’interprétation qui lui permettront de conclure sur les réponses à la question initiale ou les solutions au problème considéré. Cette réponse est l’extrant principal de l’exécution.
Légende
- I/P : l’intrant ou le produit d’un processus
- C : une composante de
- R : une régulation de
- ellipse : un processus
- rectangle : un concept ou l’intrant ou le produit d’un processus
- hexagone : un principe
Les grandes opérations de l’exécution de la recherche sont la collecte des données, le traitement des données, l’analyse des données et la discussion des résultats. Déjà le projet a déterminé la nature des données à recueillir en fonction du cadre de référence théorique et a spécifié la manière de le faire, selon les règles méthodologiques et éthiques qui s’appliquent en la matière. L’instrumentation de collecte est mise en place. Dans les approches quantitatives, les données sont des mesures des variables du phénomène étudié. Dans les approches qualitatives, ce pourrait être des entrevues, des documents, des notes d’observation, etc. Dans le cas de projets de recherche qui impliquent une intervention dans une situation réelle, l’intervention elle-même et ses effets et conséquences font l’objet d’observations qui constituent les données. En résumé, la collecte permet d’obtenir un ensemble de données numériques ou un corpus de documents. Le traitement vise à faire ressortir les relations entre les données, les régularités, les patterns. Dans les approches quantitatives, le chercheur fait un traitement statistique des données, qui vise à établir dans quelle mesure les relations entre les variables sont le fruit du hasard. Dans les approches qualitatives, les données sont traitées pour en extraire des catégories conceptuelles qui permettent d’accéder à leur sens dans le contexte de la question. L’analyse permet de faire ressortir des données traitées, les éléments qui sont significatifs par rapport à la question ou au problème de recherche. Quelle que soit l’approche méthodologique, la discussion établit quelle est la réponse à la question de recherche, la solution du problème de départ, le bilan de l’intervention dans la situation visée.
Rédiger le rapport
Le troisième moment du processus de recherche, c’est la rédaction d’un rapport de recherche. Comme l’exécution de la recherche donnait rétroactivement un sens au travail de sa conception en l’actualisant, le rapport donne un nouveau sens à tous les efforts et accomplissements des deux moments précédents. En effet, le rapport écrit dépasse le compte rendu des découvertes, la narration du déroulement de la recherche, la description de ces étapes, des instruments utilisés et des résultats obtenus. La préparation du rapport est aussi plus qu’un exercice de style scientifique. La rédaction du rapport de recherche est le moment où, à travers les exigences du processus d’écriture et les contraintes de présentation imposées par sa communauté disciplinaire, le chercheur organise ce qu’il sait dans une structure de connaissance cohérente, rigoureuse et esthétique : c’est le moment où il devient un expert. Nous parlons ici de rapport parce que c’est la forme de présentation de résultats de recherche qui se rapproche le plus d’un mémoire, par l’effort de présentation exhaustive de tous les volets de la recherche. Cependant, la présentation des résultats peut prendre plusieurs autres formes, notamment l’article soumis pour publication dans une revue scientifique, qui implique un effort de synthèse important de la démarche et de ses résultats pour faire ressortir les éléments d’intérêt pour la progression des connaissances.
La figure 4 montre l’articulation des opérations qui constituent ce troisième moment du processus de recherche. On y constate que la rédaction part des trois éléments suivants :
- un matériel existant, notamment de productions préliminaires : problématique, cadre de référence et plan de recherche, de notes de lecture, de tableaux, de résumés, d’amorces de synthèse faite en cours de route, possiblement d’un journal de projet;
- un plan type;
- un ensemble de règles de présentation.
En surface, le processus apparaît comme deux boucles : l’étudiant-chercheur écrit un ou plusieurs chapitres, les soumet au directeur pour rétroaction, apporte les corrections, et ainsi de suite jusqu’à entente ou épuisement. Ainsi, l’étudiant assemble progressivement le mémoire puis, quand celui-ci est complet, le soumet pour autorisation de dépôt. Encore une fois, le directeur peut demander des corrections et améliorations. Quand ce dernier est satisfait, le mémoire est déposé pour évaluation.
Dans le cas de chercheurs établis, la préparation d’un article n’est évidemment pas soumise aux points de contrôle par lesquels on encadre un étudiant au mémoire. Quand le chercheur juge que son article est prêt, il le propose tout simplement à une revue où il sera soumis d’abord au jugement de l’éditeur et, s’il passe cette première épreuve, au jugement d’experts du domaine qui pourront accepter l’article tel quel, demander des corrections, ou encore, le rejeter. Cependant, la plupart des chercheurs soumettent des versions préliminaires de leurs projets de publication à des collègues pour obtenir leur avis.
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- I/P : l’intrant ou le produit d’un processus
- C : une composante de
- R : une régulation de
- ellipse : un processus
- rectangle : un concept ou l’intrant ou le produit d’un processus
Cette simplicité graphique rassurante cache évidemment toute la problématique de l’écriture à laquelle tous les chercheurs, autant les maîtres que les apprentis, sont confrontés : avoir à former leur pensée en même temps qu’ils l’expriment, devoir produire un texte constituant une solution qui résout plusieurs problèmes (quoi dire, à qui, de quelle manière, en visant quel effet et en donnant quelle image de soi?). C’est pourquoi il est utile de comprendre le contexte dans lequel se fait la rédaction du mémoire.
Écrire pour participer à l’évolution du domaine de l’éducation
La rédaction d’un rapport de recherche répond à l’impératif fait aux chercheurs de participer aux débats de leur communauté disciplinaire, constituée dans le cas qui nous occupe de chercheurs et de praticiens impliqués dans l’évolution du domaine de l’éducation. Comme les sciences évoluent en principe par tentatives de réfutation des propositions, il s’ensuit que les connaissances nouvelles doivent être soumises à l’examen des pairs. C’est la publication du rapport, de l’article ou de l’ouvrage qui rend la recherche disponible pour les échanges et les débats qui caractérisent un domaine actif et en santé. Ce sont les connaissances exposées dans le rapport qui entreront dans le champ des savoirs du domaine de l’éducation. Les connaissances non publiées resteront dans le champ de l’expérience personnelle du chercheur et de ses proches collaborateurs. Votre jury vous évaluera un peu comme un comité de lecture détermine si une proposition d’article est acceptable pour publication. Votre mémoire sera diffusé, au moins à travers les offices de la Bibliotech@distance de la TÉLUQ.
Cette finalité de communication de la rédaction d’un rapport de recherche s’accompagne d’exigences et de contraintes qui ont trait à la manière d’exposer, de raconter, de décrire, d’argumenter. Ainsi, le mémoire, comme l’article qui rend compte d’une recherche, possède un plan-type assez étroitement conventionné, censé faciliter le repérage des informations essentielles par les lecteurs. Cette convention doit être adaptée aux caractéristiques de chaque recherche. De plus, le genre « scientifique » appelle un style en principe neutre et dépouillé, qui montre la rigueur et l’objectivité de l’auteur.
Écrire pour être évalué
Le mémoire est l’intrant de l’évaluation que le jury fera de vos apprentissages. Dans ce cas-ci, évaluer le produit, c’est évaluer l’apprentissage. Si votre directeur peut témoigner de vos efforts et du chemin que vous avez parcouru, les deux autres évaluateurs n’auront rien d’autre que votre texte pour juger de vos apprentissages et leur capacité de lire entre les lignes sera très limitée. C’est pourquoi le mémoire doit être rédigé avec grand soin. D’une certaine manière, ce texte met en scène une conversation entre deux chercheurs, un qui propose une nouvelle idée, un autre qui lit avec un esprit critique. Vous pouvez donc lui appliquer les règles de base de toute conversation2.
2À ce sujet, voir Grice, H.-P. (1979). Logique et conversation. Communications, 30, 61-62
« Que votre conversation contienne autant d’information qu’il est requis (pour les visées conjoncturelles de l’échange).
Que votre contribution ne contienne pas plus d’information qu’il n’est requis.
[…]
N’affirmez pas ce que vous croyez être faux
N’affirmez pas ce pour quoi vous manquez de preuve
[…]
Parlez à propos (« be relevant », comme diraient les Américains)
[…]
Évitez de vous exprimer avec obscurité
Évitez d’être ambigu
Soyez bref
Soyez méthodique »
Écrire pour comprendre
L’écriture est un processus de formation de la pensée. La rédaction d’un rapport de recherche, quelle que soit sa forme, contribue activement au processus d’apprentissage du chercheur. Autrement dit, un rapport de recherche est plus qu’une collection de résumés de lecture, de notes, de données et de résultats. L’écriture d’un rapport est un travail de construction de connaissances sans lequel une recherche avorte. En ce sens, l’écriture dépasse l’exercice de rédaction finale, elle peut être utilisée à bien d’autres phases de la recherche, pour garder trace de vos lectures, pour préciser vos idées, pour structurer vos prises de positions, critiquer certains écrits, raconter les événements de l’exécution de votre recherche, pour soumettre certains éléments à votre directeur, etc.
Écrire pour affirmer qui on est
N’empêche, encore une fois, qu’à l’intérieur des exigences et contraintes du genre, chaque auteur doit trouver sa voix, faire l’équilibre entre le fond et la forme, entre la prévisibilité parfaite qui endort le lecteur et l’imprévisibilité totale qui le déroute. Votre texte dira non seulement ce que vous pensez et ce que vous avez fait, mais aussi le chercheur que vous êtes. Pour trouver sa voix, il faut d’abord la laisser s’exprimer. Puis, il faut se relire, se faire lire, réécrire, puis réécrire encore en condensant et en distillant jusqu’à ce que le nectar ait atteint la juste concentration. Meilleur rédacteur on est, plus on réécrit.
Présenter publiquement son mémoire
L’étudiant qui le désire est invité à présenter son travail à tous les étudiants et aux ressources du programme lors d’un séminaire public. Cela constitue non pas une obligation, mais un aboutissement normal pour une recherche de connaître une diffusion plus restreinte auprès d’une première audience. Cela permet à la fois de communiquer les résultats comme les points saillants de la recherche et de recevoir des questions et des rétroactions qui dépassent le cercle du jury. D’autant plus que cela constitue en quelque sorte un retour vers vos pairs qui ont pu contribuer d’une manière ou d’une autre à l’évolution de votre projet, dans le séminaire de mémoire ou autrement.
Le contexte d’une présentation orale oblige à un traitement particulier de la recherche, de manière à faire ressortir dans un temps très bref les principaux éléments de votre projet, surtout ceux qui sont susceptibles d’intéresser votre auditoire. Dans le cas d’une présentation de votre recherche auprès de vos pairs et des ressources des programmes en éducation, l’intérêt d’une présentation est de soumettre vos résultats de recherche et de voir l’accueil qu’ils recevront auprès de la communauté d’appartenance.